L'altruisme

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Floch
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En ce moment, je lis plaidoyer pour l'altruisme de Matthieu Ricard
Je trouve ce premier passage très intéressant

L’amour et la compassion fondés sur le discernement.

Pour étendre l’altruisme, il est nécessaire de prendre conscience des divers degrés de la souffrance. Quand Bouddha parler d’identifier la souffrance, il ne se référait pas aux souffrances évidentes dont nous sommes si souvent témoins ou victimes : les maladies, les guerres, les famines, l’injustice ou la perte d’un être cher. Ces souffrances, celles qui nous touchent directement (nos proches, nous) et indirectement (via les médias ou nos expériences vécues) et les souffrances issues des injustices socio-économiques, des discriminations et des guerres sont manifestes aux yeux de tous. Ce sont des causes latentes de la souffrance que le Bouddha a souhaité mettre en lumière, des causes qui peuvent ne pas se manifester sur-le-champ sous la forme d’expériences pénibles, mais qui n’en constituent pas moins une source constante de souffrances.

En effet, nombre de nos souffrances prennent leurs racines dans la haine, l’avidité, l’égoïsme, l’orgueil, la jalousie et autres états mentaux que le bouddhisme regroupe sous l’appellation « toxines mentales » parce qu’ils empoisonnent littéralement notre existence et celles des autres. D’après le Bouddha, l’origine de ces perturbations mentales est l’ignorance. Cette ignorance ne relève pas d’un manque d’information, comme de ne pas connaitre les noms de tous les arbres d’une forêt, mais d’une vision distordue de la réalité et d’une incompréhension des causes premières de la souffrance. Comme l’explique le maitre tibétain Chögyam Trungpa : « lorsque nous parlons d’ignorance, il ne s’agit pas du tout de stupidité. Dans un sens , l’ignorance est très intelligente, mais c’est une intelligence à sens unique : l’on réagit uniquement à ses propres projections au lieu de voir simplement ce qui est. » .

L’ignorance est en effet liée à une méconnaissance de la réalité, c’est-à-dire de la nature des choses, libre des fabrications mentales que nous lui surimposons. C’est fabrications creusent un fossé entre la façon dont les choses apparaissent et leur véritable nature : nous prenons pour permanent ce qui est éphémère et pour bonheur ce qui n’est le plus souvent que source de souffrances – la soif de richesse, de pouvoir, de renommée et de plaisirs passagers.

Nous percevons le monde extérieur comme un ensemble d’entités autonomes auxquelles nous attribuons des caractéristiques qui nous semblent leur appartenir en propre. Les choses apparaissent comme intrinsèquement « plaisantes » ou « déplaisantes » et nous répartissons rigidement les gens entre « bons ou mauvais » « amis ou ennemis » comme s’il s’agissait de caractéristiques inhérentes à ces personnes. Le « moi » qui les perçoit nous semble tout aussi réel et concret. Cette méprise engendre de puissants réflexes d’attachements et d’aversion et, aussi longtemps que notre esprit reste obscurci par ce manque de discernement, il tombera sous l’emprise de la haine, de l’attachement, de l’avidité, de la jalousie ou de l’arrogance, et la souffrance sera toujours prête à surgir. »

Extrait de Plaidoyer pour l’altruisme, Matthieu Ricard p. 46 et 47
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axiste
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Inscription : 09 mai 2008, 05:39

Merci Floch pour le partage.
C‘est en effet un passage éclairant sur l’ignorance :
Prendre ce qui est impermanent pour permanent, percevoir le bonheur là où existe la souffrance, ne pas voir cette souffrance, et s’attacher au moi ou concevoir des entités autonomes là où il n’y en a pas.
Merci pour ce rappel bien utile.
Il me semble important aussi de noter que l’ignorance n’est pas un manque d’informations mais une perception erronée qui nous fait prendre pour réel ce qui ne l’est pas. C’est important de le souligner car c’est un point sur lequel on peut se méprendre quand on découvre cette notion.
jap_8 anjalimetta
Cinq clefs pour la parole correcte :
- dire au bon moment, prononcer en vérité, de façon affectueuse, bénéfique et dans un esprit de bonne volonté."
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