Comment méditer sur mettā ?

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cgigi2
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Comment méditer sur mettā ?

Message non lu par cgigi2 » ven. 19 avr. 2019 06:15

Comment méditer sur mettā ?

Comme pour beaucoup d’objets de méditation, mettā bhāvanā est d’un principe extrêmement simple. Seule sa bonne mise en application peut prendre du temps.

Nous imprégnons autant que possible notre esprit de pure bienveillance, puis nous prolongeons cet état d’esprit aussi longtemps que possible, en demeurant bien concentrés dessus. Chaque fois que ce n’est plus le cas, nous revenons aussitôt sur cet objet.

Pour nous aider à développer la bienveillance, nous commencerons par cibler des individus sur qui la projeter. Dans le cadre de mettā bhāvanā, une personne ne représente qu’un support pour susciter de la bienveillance. Il convient de ne pas lui accorder trop d’attention. Nous devons rester focalisés exclusivement sur le sentiment de bienveillance.

La première personne sur qui diriger la bienveillance doit impérativement être soi-même. Ceci pour une raison évidente. Lorsque nous diffusons de la bienveillance vers quelqu’un, cela passe obligatoirement par soi. Comment « envoyer du bien-être » quand on est soi-même « à sec » ? Comment donner de l’amour quand on en n’a pas pour soi ? C’est comme une centrale électrique, elle ne peut distribuer de l’électricité dans un pays que si elle en est d’abord pourvue.

Répéter une formule s’avère d’une grande aide, surtout durant les premiers temps de la pratique. On peut par exemple le faire pendant quelques semaines, ou encore en guise de tremplin durant les cinq ou dix premières minutes de chaque session assise. Chacun peut choisir la formule qui lui sied le mieux, mais sans adopter une phrase trop longue. Par exemple : « Puissé-je être bien, à l’abri de tout danger, en bonne santé et en paix ! » Un exemple raccourci : « Puissé-je être bien et en paix ! »

Plusieurs méthodes sont enseignées dans la manière de cibler ceux envers qui développer de la bienveillance. L’une d’elles consiste à élargir progressivement sa zone géographique. On cible d’abord tous les êtres qui sont situés dans la même maison que nous — y compris ceux qui sont invisibles. Ensuite on élargit la bienveillance à ceux du quartier ou du village. Puis on l’étend à la région, au pays, au monde, et enfin à l’ensemble des êtres de l’univers.

Une autre méthode consiste à commencer par la cible la plus facile pour arriver à la plus difficile. Soi-même est toujours la cible la plus facile. Et même si nous avons parfois l’impression qu’il est plus aisé de destiner de la bienveillance à autrui qu’à soi, il ne s’agit que d’une idée erronée généralement produite par le fait de croire que c’est égoïste voire inutile. Pourtant, bien au contraire, commencer par soi-même est d’une grande nécessité, tout particulièrement lorsqu’on n’a que peu de confiance en soi.
Proverbe français

Charité bien ordonnée commence par soi-même.

Répéter en boucle ce genre de formule peut paraître manquer de naturel au début. D’ailleurs tout comme le fait de diriger toute notre bienveillance en continu et a fortiori vers des personnes qu’habituellement nous n’apprécions pas. Mais comme dans beaucoup d’autres domaines, l’entraînement n’est pas facile au début. Le succès ne vient qu’à force de persévérance et de patience.

Une fois que nous nous sentons remplis de mettā pour nous-mêmes, nous pouvons changer de cible. Nous choisirons la personne que nous apprécions le plus : notre meilleur(e) ami(e). Mais attention, dans tous les cas, nous ne choisirons jamais un être du sexe opposé, ou plus précisément, une personne du sexe qui nous attire. Dans le cas où nous sommes attirés par les deux sexes, nous choisirons des personnes pour qui nous n’avons pas d’attirance sensuelle. Sinon, le fait de développer de la bienveillance engendrerait plus ou moins mais inévitablement du désir sensuel voire sexuel pour cette personne, ce qui corromprait la pureté de notre méditation. N’oublions pas que si la bienveillance est un état d’esprit bénéfique, le désir quant à lui, est pernicieux.

Quand mettā « coule » bien, c’est comme un climatiseur qui envoie de l’air rafraîchissant de façon constante, quelle que soit la personne ciblée. À chacun de moduler le changement de cible : chaque heure, chaque jour, chaque semaine, etc. Après notre meilleur(e) ami(e), nous continuerons de souhaiter le meilleur avec tout autant de sincérité mais en orientant notre bienveillance vers une personne qui nous est indifférente, c’est-à-dire pour qui nous n’avons ni d’appréciation particulière, ni de dépréciation. La cible suivante sera notre « pire ennemi ». Si nous n’en avons pas, ce sera une personne qui nous aurait causé du tort ou qui semble hostile à notre égard. Si vraiment tout le monde est amical envers nous, nous pourrons toujours trouver une personne qui est nuisible à d’autres.

La personne choisie, quelle que soit la manière de cibler, peut se trouver à l’autre bout de la planète. Mais dans tous les cas elle doit être connue personnellement et être vivante de préférence. Enfin, pour dernière cible nous adresserons toute notre bonté à tous les êtres, qu’ils soient humains, animaux ou autres, que nous les connaissions ou non, et que nous puissions les imaginer ou non. Après cela, soit nous reprenons à partir de la première cible, soit nous continuons sans cible si nous sentons que notre diffusion de mettā est suffisamment importante et régulière pour nous passer de support. Quitte à ce que nous reprenions une cible à chaque fois que c’est nécessaire.
Pourquoi mettā bhāvanā donne-t-il la sécurité ?

Le pouvoir de mettā est très puissant. Lorsqu’il est bien développé, l’esprit est en harmonie avec tout élément entrant en contact avec lui. Plus le courant du fleuve de la bienveillance est fort, et moins les nageurs hostiles peuvent remonter le courant. Au contraire, ils ont tendance à se faire emporter dans la « bonne » direction par le fleuve.

mettā procure une sécurité autant à l’intérieur qu’à l’exterieur. Sur le plan intérieur parce que les états mentaux malsains ne peuvent plus avoir d’emprise sur un esprit baigné par un courant puissant et continu de bonté, de bienfaisance, d’amour, d’amitié profonde et de joie pure. Sur le plan exterieur parce qu’aucun être, humain ou non, ne peut entraver celui qui rayonne d’une énergie bénéfique si grande. Si un être hostile s’en approche, ses mauvaises intentions fondent comme neige au soleil. À l’instar du soleil, plus l’esprit brille de bienveillance et plus son rayon d’influence positive est vaste et intense.
Aśvaghoșa a dit :

La bienveillance envers tous les êtres est la vraie religion.

Il n’est pas nécessaire d’être un méditant très avancé pour expérimenter un avant-goût de mettā. N’importe qui connaît cela, à un niveau amoindri certes, même s’il n’a jamais entendu parler de mettā et qu’il n’y prête pas attention. Par exemple, lorsque nous nous sentons très mal, un petit rien peut faire éclater en nous la colère et nous pouvons proférer toutes sortes d’injures. Si on nous demandait de réagir ainsi dans un instant où tout va pour le mieux, où nous nous sentons plein de joie et d’affection, nous en serions incapables. Au plus, nous pourrions jouer la scène d’un coléreux. Mais un état d’esprit réellement hostile ne pourrait même pas apparaître dans un tel moment. Ce qui est bien avec mettā bhāvanā, c’est que de tels moments bénéfiques ne sont pas qu’occasionnels mais plus ou moins constants et l’intensité de sérénité et de joie dépasse largement nos plus belles imaginations !

De plus, mettā bhāvanā a un pouvoir presque magique qui s’étend au-delà encore. Si l’expérience permet de le constater régulièrement, personne ne serait en mesure de fournir une explication rationnelle à ce phénomène qui implique des lois bien trop complexes pour l’esprit humain, comme le kamma ou le mouvement des éléments — les « énergies ». Le fait est que les situations ont une forte tendance à se succéder très positivement pour un être à l’esprit pur. Cela ne concerne pas seulement mettā mais tout état d’esprit pur que, par définition, seule la concentration permet. On peut toutefois comprendre qu’il est bien naturel, lorsque nous ne baignons que dans le souhait que les êtres soient bien, écartés de tout danger, en bonne santé et en paix, qu’en retour tout nous aide et nous protège.

Nous récoltons ce que nous semons. mettā permet une si grande capacité de bien-être et de contentement qu’il protège plus que tout, allant jusqu’à nous mettre à l’abri de la moindre situation inconfortable. Certains aiment dire et penser que les deva contribuent à protéger les humains qui adoptent des états d’esprit nobles ou concentrés, en influant sur les événements, comme par exemple pour leur éviter un accident, pour leur fournir ce dont ils ont besoin, etc. Par prudence, il est toujours mieux de ne pas « prendre pour argent comptant » ce que nous ne pouvons pas vérifier par nous-mêmes. Néanmoins, penser ainsi peut parfois nous aider à nous motiver à progresser toujours dans le bon sens, et c’est bien là l’important.

Bien sûr il existe des exceptions à la protection offerte par la bienveillance, mais elles sont rares. Cela dit, lorsqu’un méditant absorbé dans les états jhaniques de mettā meurt d’une maladie, nous pouvons facilement imaginer que c’est probablement pour renaître dans de meilleures conditions. Quoiqu’il en soit, rien ne peut effacer nos dettes kammiques. Même datant d’un très grand nombre de vies en arrière, lorsqu’un akusala (acte nuisible) arrive à maturité, il n’y a aucun moyen d’y échapper. Même Bouddha a continué de régler des « dettes » jusqu’à la fin de sa dernière vie.
Les 11 bénéfices de mettā

On s’endort heureux
On se réveille heureux
On ne fait pas de mauvais rêves
On est aimé des hommes et des deva
On est protégé des deva
On est protégé du feu
On est protégé des armes
On est protégé du poison
On est épargné des mauvais états d’esprits
On a le visage d’apparence agréable
On renaît « sans hésitation » chez les brahmā

Expérience personnelle

Quand j’adopte un esprit bienveillant, les choses se déroulent toujours de façon nettement plus fluide. En y prêtant attention, n’importe qui peut constater la même chose. Chaque fois que je me suis trouvé dans la situation (pas rare quand on est un renonçant en déplacement) où, sans rien ni même un sou, j’ignorais totalement où aller pour loger, comment obtenir à manger, etc., plus je garde un esprit bienveillant sans aucune attente ni aucune crainte, et plus les choses se déroulent mieux qu’elles n’auraient pu être espérées. Grâce à mettā, on reste au présent et on gagne la tranquillité. La quiétude empêche l’inquiétude, et engendre le contentement, remède inégalable contre les situations inconfortables.

http://www.dhammadana.org/samatha/kamma ... ctions.htm

avec metta
gigi
Ici et Maintenant pleine attention à la pleine conscience
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